Extraction d'or au Burkina Faso

Avec la mine, la faim

Burkina Faso SOUTONG NOOMA

Azéta Ouédraogo* a grandi dans le village de Bissa, au Burkina Faso. Ce village n’existe plus. Une mine d’or y a été mise en exploitation voilà cinq ans. Elle a détruit la petite localité. Azéta habite aujourd’hui le nouveau village de Bissa, deux kilomètres plus loin. Les maisons semblent plus belles à première vue. Elle explique pourquoi elle n’est pas heureuse dans sa nouvelle demeure.

Tu rentres des travaux des champs. Quelle tâche y as-tu accomplie  ?

J’ai creusé des trous de plantation à la houe quatre heures durant. C’était un travail très pénible. Lorsque la saison des pluies débutera ces prochains jours, nous remplirons les trous de compost et y sèmerons les graines de millet.

Cela paraît harassant. Travailles-tu beaucoup ?

Durant cette période de vacances, je travaille sept heures par jour: je creuse des trous de plantation, je vais cher- cher de l’eau, ramasser du bois ou laver des habits. Les vacances durent de mai à octobre. Pendant la période scolaire, mes tâches domestiques durent deux heures. A cause de la mine d’or, de nombreux travaux prennent plus de temps.

Je ne comprends pas. Pourquoi donc ?

Nous avons un puits dans le nouveau village mais l’eau y est polluée. Pour obtenir de l’eau propre, je dois me rendre au village voisin avec une charrette tirée par un âne. Cela me prend trois heures. Pour aller ramasser du bois ou conduire notre bétail au pâturage, je dois faire un détour parce que la mine d’or est entourée d’une clôture.

Ta nouvelle maison te plaît-elle ?

C’était plus simple pour moi de m’amuser dans l’ancien village: ma cousine Jacqueline, ma meilleure amie, habitait juste à côté. Aujourd’hui, nos maisons sont éloignées de plus de 300 mètres. Depuis le déplacement, tout est pire dans tous les domaines.

Le village est pourtant neuf. Tout est pire pour quelle raison ?

La mine d’or a fait perdre à ma famille quatre cinquièmes de son terrain. Bon nombre de nos animaux sont morts par manque de fourrage. Et de mai à la récolte en décembre, c’est la soudure. Nous appelons ainsi la période durant laquelle les aliments se font rares. Nous ne mangeons alors que deux fois par jour parce que les réserves de millet ne suffisent pas.

Avant, la pénurie alimentaire nous était inconnue. Les hommes cherchaient autrefois l’or à la main. Cela leur rapportait de l’argent. Jacqueline et moi leur vendions des pâtisseries et notre bénéfice nous permettait de nous acheter des habits. Depuis que nous avons été déplacées, nous n’avons plus ce petit complément.

*Nom d’emprunt.

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initiative multinationales responsables

De l’or raffiné en Suisse

Le cas d’Azéta n’est pas isolé: à elle toute seule, la mine de Bissa a fait perdre à plus de 3000 femmes et hommes champs et maison. Les enquêtes menées par Action de Carême à proximité de trois mines aboutissent aux mêmes conclusions: l’extraction de l’or détruit les moyens de subsistance des populations locales, viole les droits humains et ne respecte pas suffisamment le droit de consultation des populations.

L’or extrait de ces trois mines est raffiné en Suisse par Metalor et Pamp, deux des plus grandes raffineries au monde. Les trois mines en question n’ont pratiquement que ces deux entreprises comme clientes. Les deux raffineries pourraient dès lors exercer une influence sur ces mines. Mais visiblement, elles ne le font pas assez.

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