« Si vous souffrez d’une leucémie, on la fera passer pour une tuberculose »

Les travailleurs et travailleuses de l’industrie électronique ne sont pas uniquement exposés aux produits hautement toxiques comme le benzène. Fréquemment, leurs employeurs font pression sur les hôpitaux pour modifier la causalité de leur maladie et éviter de devoir payer des compensations.

« On nous a dit de porter un masque et des gants pour ne pas laisser de traces de doigts ou de salive sur les écrans et les appareils. Mais il n’a jamais été question de substances dangereuses pour la santé », explique Chen Qianqian, une autre victime du benzène. Depuis des années, lui aussi lutte en vain pour recevoir l’indemnisation prévue par la loi. Un long chemin, semé d’embûches : pour avoir droit à une indemnisation, il faut fournir un certificat d’embauche de son employeur et une attestation d’une clinique agréée par l’Etat prouvant qu’il s’agit bel et bien d’une maladie professionnelle.

 

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« Les grandes marques doivent assumer leurs responsabilités par rapport à ce qui

se passe dans les usines en Chine. »

Yi Yeting, victime du benzène, 28 chimiothérapies

Les multinationales tentent souvent d’empêcher les victimes d’obtenir ces documents. Elles font notamment pression sur les hôpitaux afin qu’ils modifient les résultats des examens médicaux. « Si vous souffrez d’une leucémie, on la fera passer pour une tuberculose », explique Zhai Yujuan, professeure en droit du travail à l’Université de Shenzhen. « Je connais de nombreux ouvriers et ouvrières de l’industrie électronique qui sont tombés malades à cause du benzène », affirme Yi Yeting. Il est lui-même une victime du benzène et travaille au sein d’une organisation qui lutte pour le faire interdire en Chine.

Dans un pays qui considère les juristes spécialisés dans le droit du travail comme une menace pour l’économie, soutenir une telle cause n’est pas sans danger. Ce père de famille a déjà subi 28 chimiothérapies ; il est contraint de changer fréquemment de domicile pour des raisons de sécurité. En 2015, l’autorisation de se rendre à San Francisco pour assister à une conférence mondiale sur le benzène lui a été refusée. Ce qui ne l’a pas empêché de faire passer par Skype son message aux participants : « Les grandes marques doivent assumer leurs responsabilités par rapport à ce qui se passe dans les usines en Chine. »

En Suisse également, les entreprises doivent assumer leurs responsabilités. Demandez aux vendeurs de téléphonie mobile suisse de s’engager pour une production sans benzène.

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