Justice climatique, maintenant !

Des énergies renouvelables pour toutes et tous

14.12.2021

Pour freiner le dérèglement climatique, il est urgent d’opérer une transition des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables, sans en faire payer le prix aux pays les plus pauvres. Tel est le message clé de la Campagne œcuménique 2022 menée par Action de Carême, l’EPER et Être Partenaires qui reprennent le slogan « Justice climatique, maintenant ! ».

Les conséquences du dérèglement climatique telles que l’élévation du niveau des mers, les inondations, les vagues de chaleur et la fréquence plus élevée des sècheresses et des cyclones bouleversent déjà la vie de nombreuses populations dans les pays du Sud : elles accentuent la faim, les risques pour la santé et les conflits sociaux.

Responsable de plus de 70 %1 des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et de 78 %2 en Suisse, l’utilisation de combustibles fossiles fait partie des principales causes du dérèglement climatique. En consommant une quantité disproportionnée d’énergie fossile, les pays industrialisés sont ceux qui contribuent le plus au dérèglement climatique et qui sont les moins touches par ses conséquences, alors qu’ils vivent aux dépens des pays du Sud et des générations futures. L’injustice est double.

Pourtant, l’accès à l’énergie permet de réduire la pauvreté et s’avère essentiel pour préserver le droit à l’alimentation. Grupo Semillas, une organisation colombienne partenaire d’Action de Carême, relate que, dans la région de Tolima, une alimentation électrique insuffisante rend le stockage de la production de poisson impossible. Cela freine, à son tour, sa commercialisation et entrave l’amélioration durable des moyens de subsistance de la population locale.

La protection du climat et la réalisation des objectifs de l’Accord de Paris exigent l’abandon progressif des combustibles fossiles et la transition complète vers les sources d’énergie renouvelables (éolienne, hydroélectrique et solaire). Encore faut-il que celles-ci soient produites dans le respect de l’environnement et de la justice sociale.

Non aux « fausses solutions »
Nombreux sont les projets énergétiques – y compris les projets d’énergies dites renouvelables – qui constituent de ≪ fausses solutions ≫ a la transition énergétique. En effet, ils entrainent des conflits et ne tiennent pas ou peu compte des droits et revendications légitimes des populations locales. S’ensuivent souvent des expulsions, la restriction des droits d’utilisation des terres communautaires ou la destruction des sites sacres des communautés autochtones. Même le droit fondamental à l’alimentation est bafoué. Les organisations partenaires d’Action de Carême dans le Mato Grosso au Brésil montrent, dans leurs rapports, que les projets hydroélectriques qui n’envisagent pas la participation des communautés locales peuvent avoir des conséquences dévastatrices. Ils empêchent notamment la migration des poissons. En conséquence, la communauté indigène de Manoki, pour ne citer qu’un exemple, ne parvient plus à pêcher dans les sites habituels et doit parcourir de longues distances pour se nourrir.

L’EPER fait des constats similaires en Indonésie ou des plantations industrielles de palmiers à huile sont créées pour produire des biocarburants dits durables. Pour ce faire, des forêts tropicales vitales sont défrichées. Les conséquences sont fatales pour le climat et pour les communautés qui n’ont d’autre choix que de quitter leurs habitations. 

Conformément aux objectifs de développement durable des Nations unies, la transition énergétique ne doit en aucun cas se faire au détriment des plus pauvres et doit constituer une opportunité et un moteur de développement pour les communautés défavorisées du monde entier. Dans son encyclique Laudato si’, le pape François appelle ≪ à écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres ≫. Autrement dit, les solutions techniques pour la transition énergétique doivent toujours être évaluées au regard de leurs conséquences écologiques et sociales.

Par ≪ énergies renouvelables ≫, Action de Carême et l’EPER entendent des solutions respectueuses du climat, socialement justes et tenant compte des intérêts des communautés locales qui doivent être impliquées dans la planification, la création et la production d’énergie, qui doit être considérée comme un bien commun. En ayant accès à une énergie produite de manière durable, la population locale pourra, par exemple, fabriquer des congélateurs a énergie solaire et bénéficier ainsi de nouvelles sources de revenu grâce à une meilleure préservation de leurs récoltes. La production d’énergies renouvelables peut contribuer à réduire la pauvreté tout en réalisant les objectifs de l’Accord de Paris.

Assumons nos responsabilités
En Suisse, nous devons assumer nos responsabilités en tant qu’actrices et acteurs de la crise climatique. Nous pouvons toutes et tous nous approvisionner en énergie à partir des sources les plus propres possibles, réduire notre consommation (électricité, carburant, chauffage, etc.) et tenir compte du lieu de production des biens de consommation (par ex. les denrées alimentaires et les appareils électroniques) au sein de notre pays comme à l’étranger.

Le Conseil fédéral a décidé que la Suisse devait atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. En collaboration avec l’Alliance climatique, Action de Carême et l’EPER demandent au Parlement de viser cet objectif d’ici 2040 de façon linéaire. Puisque la Suisse a les moyens techniques et financiers de réaliser cet objectif, elle devrait montrer l’exemple en se passant complètement des combustibles fossiles. Ainsi nous soutiendrons de manière pertinente la cause de la justice climatique.