Lettre ouverte à Mme Sommaruga et aux membres du Parlement : il est grand temps d’agir, de prendre des mesures concrètes et des décisions courageuses. La population attend des actes concrets pour la protection du climat.

Madame la Conseillère fédérale,
Mesdames et Messieurs les membres du Parlement,

Au cours des sessions parlementaires à venir seront posés les jalons de la politique climatique suisse. Il est grand temps d’agir, de prendre des mesures concrètes et des décisions courageuses. La population attend des actes concrets pour la protection du climat.

Cette année, Action de Carême et l’EPER se consacreront, du début du Carême jusqu’à Pâques, à la question de la justice climatique. Les organisations partenaires des deux œuvres d’entraide sont chaque jour confrontées aux conséquences des changements climatiques : la sécheresse et la famine qui s’est ensuivie à Madagascar ou encore le terrible typhon qui a frappé les Philippines ne sont que deux exemples récents du phénomène.

Prendre la justice climatique au sérieux implique d’agir dès à présent. En effet, à l’automne 2021, une analyse éthique sur le sujet concluait que, si l’on souhaite limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C, la quantité maximale de CO2 que la Suisse peut émettre serait atteinte le 15 mars 2022. Après cette date, nous vivrons et consommerons aux dépens des autres. Cette situation est injuste. Pour davantage d’informations, rendez-vous sur : voir-et-agir.ch/budget-carbone.

Dès lors, Action de Carême et l’EPER vous demandent de faciliter la réalisation d’objectifs climatiques concrets, notamment en proposant une loi sur le CO2 plus pertinente ou en inscrivant l’objectif net zéro d’ici 2040 dans le contre-projet indirect à l’initiative pour les glaciers. Seuls une réduction linéaire des émissions et un désengagement résolu des énergies fossiles permettront d’atteindre cet objectif.

Nous vous remercions d’avance pour votre courage et votre volonté d’aller de l’avant. Les générations actuelles et futures, en Suisse et dans le monde, vous en saurons gré.

Notre équipe spécialiste du climat se tient à votre disposition.

Meilleures salutations,

Bernd Nilles, directeur Action de Carême
Peter Merz, directeur EPER

Renseignements :

  • Yvan Maillard Ardenti, chargé de la justice climatique à l’EPER
    yvan.maillard@heks.ch, +41 79 489 3824
  • Stefan Salzmann, Climat et politique énergétique – Collecte pour le climat
    , +41 41 227 59 53
Mischa von Arb. © Manu Friederich

Cette année, l’affiche de la campagne œcuménique menée par HEKS et Action de Carême divise. On y voit ainsi à l’avant-plan deux personnes qui préparent des grillades le sourire aux lèvres. Si tout semble normal de prime abord, on s’aperçoit toutefois aussitôt que l’ombre projetée par le couple figure des troncs d’arbre calcinés. La légende « Moins de consommation de viande. Plus de forêt tropicale » vient alors accentuer l’intensité de cette scène dénonçant la face cachée de notre consommation.

Pourquoi l’affiche fait-elle appel à cette image ? L’objectif de cette campagne axée sur la justice climatique consistait à transformer une thématique abstraite qui ne semble nullement nous concerner en une question éminemment personnelle qui nous touche au cœur. Dès lors, cette affiche s’inscrit également dans la tradition catholique du jeûne : voilà des siècles que le carême est un moment de renoncement. L’idée ici n’est toutefois pas de suivre un régime, mais de faire preuve de solidarité et de s’interroger sur la manière d’apporter chacun et chacune sa pierre à l’avènement d’un monde plus juste.

Le thème de la consommation de viande se prête particulièrement à cet exercice. L’affiche met en évidence le lien de cause à effet qui unit production de viande industrielle et destruction de la forêt tropicale. Les organisations partenaires de HEKS et d’Action de Carême en Afrique, en Amérique latine et en Asie rendent compte des conséquences désastreuses découlant de l’exploitation des terres à des fins de production de fourrage et de viande, qu’il s’agisse de la déforestation ou de l’accaparement des terres des communautés locales, et donc des paysan·ne·s.

Au cours des dernières années, la consommation de viande en Suisse s’est concentrée sur les morceaux nobles. Pourtant, si nous voulons éviter le gaspillage alimentaire et soutenir une consommation éthique, il est important d’utiliser toutes les parties de l’animal tué. Il est également à noter que la production de calories d’origine non animale demande beaucoup moins d’énergie, de ressources et de terres que la production de calories d’origine animale. Aussi, en réduisant notre consommation de viande, nous contribuons concrètement à promouvoir la justice alimentaire et climatique dans le monde.

La campagne ne vise donc en aucun cas à condamner la consommation de viande en tant que telle, mais à prôner la sobriété et l’éthique. Au-delà la question de la viande, il s’agit d’encourager les consommateurs·trices à se tourner de plus en plus vers les produits locaux et de saison, une cause défendue depuis plusieurs années déjà par HEKS et Action de Carême dans le souci de préserver notre environnement et de soutenir notre agriculture.

En quoi le message véhiculé par cette affiche a-t-il trait à la justice climatique ? Ici aussi, la clé se trouve dans l’ombre projetée à l’arrière-plan de la scène. En effet, si toutes les personnes sur cette Terre consommaient autant que les Suisses et les Suissesses, il nous faudrait bien plus de trois planètes. Et le bilan est encore plus lourd si l’on y ajoute les émissions de CO2 liées à la production des produits que nous importons. Or, nous avons les moyens de réduire notre empreinte et, ce faisant, de participer à la concrétisation des objectifs inscrits dans l’accord de Paris sur le climat. La dimension de justice de cette question tient au fait que les habitant·e·s des pays industrialisés contribuent bien plus au réchauffement climatique que la population congolaise, guatémaltèque ou indonésienne par exemple, et ce depuis des décennies.

Il est vrai que l’affiche de la campagne 2021 divise et choque, car elle dénonce la face cachée de notre consommation, ce qui nous touche au cœur. Si elle parvient à lancer le débat ou à susciter un changement même minime de nos habitudes, elle aura déjà rempli une partie de sa mission.

L’affiche de la campagne oecuménique 2021

Affiche de campagne animées

Lausanne, le 5 avril 2021 – La Campagne œcuménique « Justice climatique, maintenant ! » de HEKS et Action de Carême a suscité de nombreuses réactions pendant les semaines du carême. Les organisations de développement saluent ces échanges riches et constructifs qui font vivre la campagne et permettent de réaffirmer la pertinence d'un travail de sensibilisation mené depuis plus de 50 ans.

Quatrième campagne sur le climat des organisations de développement protestante et catholique – la première ayant eu lieu en 1989 –, celle qui se termine en ce lundi de Pâques aura fait l’objet de plusieurs débats allant du message transmis par l’affiche de la campagne à l’engagement des ONG chrétiennes – et, par extension, des Églises qu’elles sensibilisent – pour la justice climatique. 

L’affiche de la campagne a invité à réfléchir à l’empreinte écologique de notre consommation en général en prenant l’exemple de la consommation excessive de viande. En effet, le déboisement des forêts tropicales que sa production entraîne ainsi que la forte demande en eau et en énergie qu’elle requiert ont un impact incontestable sur le dérèglement climatique. Loin de vouloir culpabiliser les productrices et producteurs ou les consommatrices et consommateurs de viande, la campagne a eu comme objectif principal d’encourager une consommation plus consciente. 

La crise climatique est un défi mondial majeur et est intrinsèquement liée aux questions de justice sociale et de sécurité alimentaire. Elle impacte directement les droits humains et compromet le droit au développement des pays du Sud et le sort des générations futures. « Il est indispensable que les partis politiques, de droite comme de gauche, s’y intéressent. Cependant, cela fait aussi partie du mandat des organisations de développement Action de Carême et HEKS de s’engager, au Nord comme au Sud, en faveur de la justice climatique, de sensibiliser la population et les politiques sur la gravité du dérèglement climatique et de promouvoir une politique climatique responsable. Nous menons ce travail depuis plus de 50 ans. », affirme Yvan Maillard, responsable du programme Justice climatique chez HEKS. 

Des soupes en plein air et des rencontres virtuelles. Retour sur les actions de la campagne en temps de Covid-19 

Cette année, la journée d’action a heureusement pu être maintenue et les paroisses s’y sont engagées activement. Des centaines d’entre elles ont vendu roses et chocolat équitables et mis en œuvre le thème de la campagne avec beaucoup de créativité, souvent en plein air pour s’adapter au mieux à la situation sanitaire. Les traditionnelles soupes de carême ont été adaptées et proposées sous forme de plats à l’emporter ou livrées à domicile. Après une légère baisse en 2020, plus de 400 boulangeries en Suisse se sont à nouveau mobilisées pour soutenir l’action Pain du partage. Du côté du jeûne, une quarantaine de groupes de jeûneurs et jeûneuses en Suisse romande se sont réunis virtuellement pour partager cette expérience qui a vu naître une nouvelle collaboration avec le projet Détox’ la Terre.

Les mesures liées à la pandémie n’ont pas freiné le travail de sensibilisation, qui a été adapté afin de pouvoir proposer différents rendez-vous sous forme de tables rondes ou d’ateliers en ligne. Le thème de la justice climatique a été abordé sous des angles multiples : les investissements des banques suisses dans les énergies fossiles, les mobilisations de la société civile, la co-création de récits de futurs désirables, les Conversations carbone ainsi que la ludique Fresque du climat. 

Même si Marieta Llanera, hôte de la campagne, n’a pu se rendre en Suisse, elle a toutefois pu rencontrer une centaine de personnes en ligne. Elle a témoigné des conséquences des changements climatiques aux Philippines et a sensibilisé le public à la gravité de la situation. Elle a également évoqué son travail avec les populations côtières de son pays, qui sont les plus affectées par le dérèglement du climat, et a souligné leur extraordinaire capacité de résilience. 

Pour plus d’informations : 

www.voir-et-agir.ch/medias 

 

Contact : 

, responsable médias, Action de Carême, 021 617 88 82 / 076 366 06 40 

Le 1er janvier 2021 marque le début de la mise en œuvre de l'accord de Paris sur le climat. Lors de sa signature, les États parties ont adopté des objectifs climatiques nationaux et se sont engagés à les renforcer tous les cinq ans.

Lausanne, le 1er janvier 2021 – Le 1er janvier 2021 marque le début de la mise en œuvre de l'accord de Paris sur le climat. Lors de sa signature, les États parties ont adopté des objectifs climatiques nationaux et se sont engagés à les renforcer tous les cinq ans. Les organisations de développement Action de Carême et HEKS espèrent que cette première période d’engagement sera symbole d’espoir dans la lutte contre la crise climatique.

Plusieurs régions du monde sont déjà sévèrement touchées par les changements climatiques. En Afrique, en Asie, en Amérique latine et en Océanie, de nombreuses populations les subissent au quotidien. Les organisations partenaires d’Action de Carême et HEKS font état de catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes et violentes. Les personnes vivant dans la pauvreté sont les plus impactées, car elles n’ont pas les moyens de s’adapter aux nouvelles conditions de vie. Les sécheresses persistantes mettent en danger leur droit à l’alimentation, tandis que l’élévation du niveau des mers les oblige à se déplacer.Alors que MétéoSuisse indiquait, en décembre dernier, que l’année 2020 avait été aussi chaude que 2018 – une année record –, en Suisse, comme dans la plupart des pays riches, celle-ci n’était qu’une autre année jalonnée de petits pas. Compte tenu de l’ampleur des défis à relever, nous pouvons clairement parler de négligence, de manque de discernement et d’une vision à court terme d’une situation qui nécessiterait pourtant toute notre attention. En effet, plus nous avançons, plus la marge de manœuvre diminue et, plus nous tarderons à agir, plus la lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences sera difficile et coûteuse.

Le temps presse

Il est d’ores et déjà clair qu’un renforcement des objectifs climatiques actuels est nécessaire car, pour l’instant, les promesses non tenues des États conduisent à un réchauffement de 3 à 4 degrés, au lieu des 1,5 à 2 degrés prévus par l’accord. La politique nationale doit agir maintenant ; elle a d’ailleurs prouvé sa capacité à le faire lors de la pandémie de coronavirus. L’ampleur de la menace que représente la crise climatique est encore mal comprise alors qu’elle se profile insidieusement à l’horizon. La période jusqu’à 2030 sera cruciale. D’ici là, des réductions substantielles des émissions de CO2 doivent être réalisées au niveau mondial. Les pays riches qui, d’une part, sont les plus gros pollueurs de la planète et, d’autre part, disposent de plus de moyens financiers, ont une grande responsabilité à cet égard.

La Suisse ne fait pas exception. La révision de la loi sur le CO2 est un bon début, mais ce n’est pas suffisant. D’autres mesures sont nécessaires de toute urgence pour assurer une mise en œuvre cohérente de l’accord, comme la décarbonisation de la place financière suisse et l’abandon des carburants et combustibles fossiles d’ici 2040 au plus tard. Pour que cela soit possible, le Parlement doit agir avant la fin de cette législature. En leur qualité de membres de l’Initiative pour les glaciers, HEKS et Action de Carême exigent que le gouvernement suisse tienne les promesses faites lors de la signature de l’accord de Paris. L’initiative fourni la base juridique pour sortir des énergies fossiles et pour atteindre une société zéro net.

Pour plus d’informations :

  • Stefan Salzmann, Co-président de l’Alliance climatique Suisse, responsable du climat chez Action de Carême, 041 227 59 53
  • Yvan Maillard Ardenti, responsable justice climatique chez HEKS, 079 380 65 73
 

Hommage à nos glaciers disparus

Lors d’une cérémonie d’hommage, qui a eu lieu au pied du glacier du Trient le 6 septembre 2020, plus de 200 personnes ont commémoré les 500 glaciers qui ont déjà disparu en Suisse.

© Reuters, Denis Balibouse