Mischa von Arb. © Manu Friederich

Cette année, l’affiche de la campagne œcuménique menée par HEKS et Action de Carême divise. On y voit ainsi à l’avant-plan deux personnes qui préparent des grillades le sourire aux lèvres. Si tout semble normal de prime abord, on s’aperçoit toutefois aussitôt que l’ombre projetée par le couple figure des troncs d’arbre calcinés. La légende « Moins de consommation de viande. Plus de forêt tropicale » vient alors accentuer l’intensité de cette scène dénonçant la face cachée de notre consommation.

Pourquoi l’affiche fait-elle appel à cette image ? L’objectif de cette campagne axée sur la justice climatique consistait à transformer une thématique abstraite qui ne semble nullement nous concerner en une question éminemment personnelle qui nous touche au cœur. Dès lors, cette affiche s’inscrit également dans la tradition catholique du jeûne : voilà des siècles que le carême est un moment de renoncement. L’idée ici n’est toutefois pas de suivre un régime, mais de faire preuve de solidarité et de s’interroger sur la manière d’apporter chacun et chacune sa pierre à l’avènement d’un monde plus juste.

Le thème de la consommation de viande se prête particulièrement à cet exercice. L’affiche met en évidence le lien de cause à effet qui unit production de viande industrielle et destruction de la forêt tropicale. Les organisations partenaires de HEKS et d’Action de Carême en Afrique, en Amérique latine et en Asie rendent compte des conséquences désastreuses découlant de l’exploitation des terres à des fins de production de fourrage et de viande, qu’il s’agisse de la déforestation ou de l’accaparement des terres des communautés locales, et donc des paysan·ne·s.

Au cours des dernières années, la consommation de viande en Suisse s’est concentrée sur les morceaux nobles. Pourtant, si nous voulons éviter le gaspillage alimentaire et soutenir une consommation éthique, il est important d’utiliser toutes les parties de l’animal tué. Il est également à noter que la production de calories d’origine non animale demande beaucoup moins d’énergie, de ressources et de terres que la production de calories d’origine animale. Aussi, en réduisant notre consommation de viande, nous contribuons concrètement à promouvoir la justice alimentaire et climatique dans le monde.

La campagne ne vise donc en aucun cas à condamner la consommation de viande en tant que telle, mais à prôner la sobriété et l’éthique. Au-delà la question de la viande, il s’agit d’encourager les consommateurs·trices à se tourner de plus en plus vers les produits locaux et de saison, une cause défendue depuis plusieurs années déjà par HEKS et Action de Carême dans le souci de préserver notre environnement et de soutenir notre agriculture.

En quoi le message véhiculé par cette affiche a-t-il trait à la justice climatique ? Ici aussi, la clé se trouve dans l’ombre projetée à l’arrière-plan de la scène. En effet, si toutes les personnes sur cette Terre consommaient autant que les Suisses et les Suissesses, il nous faudrait bien plus de trois planètes. Et le bilan est encore plus lourd si l’on y ajoute les émissions de CO2 liées à la production des produits que nous importons. Or, nous avons les moyens de réduire notre empreinte et, ce faisant, de participer à la concrétisation des objectifs inscrits dans l’accord de Paris sur le climat. La dimension de justice de cette question tient au fait que les habitant·e·s des pays industrialisés contribuent bien plus au réchauffement climatique que la population congolaise, guatémaltèque ou indonésienne par exemple, et ce depuis des décennies.

Il est vrai que l’affiche de la campagne 2021 divise et choque, car elle dénonce la face cachée de notre consommation, ce qui nous touche au cœur. Si elle parvient à lancer le débat ou à susciter un changement même minime de nos habitudes, elle aura déjà rempli une partie de sa mission.

L’affiche de la campagne oecuménique 2021

Affiche de campagne animées

Lausanne, le 5 avril 2021 – La Campagne œcuménique « Justice climatique, maintenant ! » de HEKS et Action de Carême a suscité de nombreuses réactions pendant les semaines du carême. Les organisations de développement saluent ces échanges riches et constructifs qui font vivre la campagne et permettent de réaffirmer la pertinence d'un travail de sensibilisation mené depuis plus de 50 ans.

Quatrième campagne sur le climat des organisations de développement protestante et catholique – la première ayant eu lieu en 1989 –, celle qui se termine en ce lundi de Pâques aura fait l’objet de plusieurs débats allant du message transmis par l’affiche de la campagne à l’engagement des ONG chrétiennes – et, par extension, des Églises qu’elles sensibilisent – pour la justice climatique. 

L’affiche de la campagne a invité à réfléchir à l’empreinte écologique de notre consommation en général en prenant l’exemple de la consommation excessive de viande. En effet, le déboisement des forêts tropicales que sa production entraîne ainsi que la forte demande en eau et en énergie qu’elle requiert ont un impact incontestable sur le dérèglement climatique. Loin de vouloir culpabiliser les productrices et producteurs ou les consommatrices et consommateurs de viande, la campagne a eu comme objectif principal d’encourager une consommation plus consciente. 

La crise climatique est un défi mondial majeur et est intrinsèquement liée aux questions de justice sociale et de sécurité alimentaire. Elle impacte directement les droits humains et compromet le droit au développement des pays du Sud et le sort des générations futures. « Il est indispensable que les partis politiques, de droite comme de gauche, s’y intéressent. Cependant, cela fait aussi partie du mandat des organisations de développement Action de Carême et HEKS de s’engager, au Nord comme au Sud, en faveur de la justice climatique, de sensibiliser la population et les politiques sur la gravité du dérèglement climatique et de promouvoir une politique climatique responsable. Nous menons ce travail depuis plus de 50 ans. », affirme Yvan Maillard, responsable du programme Justice climatique chez HEKS. 

Des soupes en plein air et des rencontres virtuelles. Retour sur les actions de la campagne en temps de Covid-19 

Cette année, la journée d’action a heureusement pu être maintenue et les paroisses s’y sont engagées activement. Des centaines d’entre elles ont vendu roses et chocolat équitables et mis en œuvre le thème de la campagne avec beaucoup de créativité, souvent en plein air pour s’adapter au mieux à la situation sanitaire. Les traditionnelles soupes de carême ont été adaptées et proposées sous forme de plats à l’emporter ou livrées à domicile. Après une légère baisse en 2020, plus de 400 boulangeries en Suisse se sont à nouveau mobilisées pour soutenir l’action Pain du partage. Du côté du jeûne, une quarantaine de groupes de jeûneurs et jeûneuses en Suisse romande se sont réunis virtuellement pour partager cette expérience qui a vu naître une nouvelle collaboration avec le projet Détox’ la Terre.

Les mesures liées à la pandémie n’ont pas freiné le travail de sensibilisation, qui a été adapté afin de pouvoir proposer différents rendez-vous sous forme de tables rondes ou d’ateliers en ligne. Le thème de la justice climatique a été abordé sous des angles multiples : les investissements des banques suisses dans les énergies fossiles, les mobilisations de la société civile, la co-création de récits de futurs désirables, les Conversations carbone ainsi que la ludique Fresque du climat. 

Même si Marieta Llanera, hôte de la campagne, n’a pu se rendre en Suisse, elle a toutefois pu rencontrer une centaine de personnes en ligne. Elle a témoigné des conséquences des changements climatiques aux Philippines et a sensibilisé le public à la gravité de la situation. Elle a également évoqué son travail avec les populations côtières de son pays, qui sont les plus affectées par le dérèglement du climat, et a souligné leur extraordinaire capacité de résilience. 

Pour plus d’informations : 

www.voir-et-agir.ch/medias 

 

Contact : 

, responsable médias, Action de Carême, 021 617 88 82 / 076 366 06 40 

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Le 1er janvier 2021 marque le début de la mise en œuvre de l'accord de Paris sur le climat. Lors de sa signature, les États parties ont adopté des objectifs climatiques nationaux et se sont engagés à les renforcer tous les cinq ans.

Lausanne, le 1er janvier 2021 – Le 1er janvier 2021 marque le début de la mise en œuvre de l'accord de Paris sur le climat. Lors de sa signature, les États parties ont adopté des objectifs climatiques nationaux et se sont engagés à les renforcer tous les cinq ans. Les organisations de développement Action de Carême et HEKS espèrent que cette première période d’engagement sera symbole d’espoir dans la lutte contre la crise climatique.

Plusieurs régions du monde sont déjà sévèrement touchées par les changements climatiques. En Afrique, en Asie, en Amérique latine et en Océanie, de nombreuses populations les subissent au quotidien. Les organisations partenaires d’Action de Carême et HEKS font état de catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes et violentes. Les personnes vivant dans la pauvreté sont les plus impactées, car elles n’ont pas les moyens de s’adapter aux nouvelles conditions de vie. Les sécheresses persistantes mettent en danger leur droit à l’alimentation, tandis que l’élévation du niveau des mers les oblige à se déplacer.Alors que MétéoSuisse indiquait, en décembre dernier, que l’année 2020 avait été aussi chaude que 2018 – une année record –, en Suisse, comme dans la plupart des pays riches, celle-ci n’était qu’une autre année jalonnée de petits pas. Compte tenu de l’ampleur des défis à relever, nous pouvons clairement parler de négligence, de manque de discernement et d’une vision à court terme d’une situation qui nécessiterait pourtant toute notre attention. En effet, plus nous avançons, plus la marge de manœuvre diminue et, plus nous tarderons à agir, plus la lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences sera difficile et coûteuse.

Le temps presse

Il est d’ores et déjà clair qu’un renforcement des objectifs climatiques actuels est nécessaire car, pour l’instant, les promesses non tenues des États conduisent à un réchauffement de 3 à 4 degrés, au lieu des 1,5 à 2 degrés prévus par l’accord. La politique nationale doit agir maintenant ; elle a d’ailleurs prouvé sa capacité à le faire lors de la pandémie de coronavirus. L’ampleur de la menace que représente la crise climatique est encore mal comprise alors qu’elle se profile insidieusement à l’horizon. La période jusqu’à 2030 sera cruciale. D’ici là, des réductions substantielles des émissions de CO2 doivent être réalisées au niveau mondial. Les pays riches qui, d’une part, sont les plus gros pollueurs de la planète et, d’autre part, disposent de plus de moyens financiers, ont une grande responsabilité à cet égard.

La Suisse ne fait pas exception. La révision de la loi sur le CO2 est un bon début, mais ce n’est pas suffisant. D’autres mesures sont nécessaires de toute urgence pour assurer une mise en œuvre cohérente de l’accord, comme la décarbonisation de la place financière suisse et l’abandon des carburants et combustibles fossiles d’ici 2040 au plus tard. Pour que cela soit possible, le Parlement doit agir avant la fin de cette législature. En leur qualité de membres de l’Initiative pour les glaciers, HEKS et Action de Carême exigent que le gouvernement suisse tienne les promesses faites lors de la signature de l’accord de Paris. L’initiative fourni la base juridique pour sortir des énergies fossiles et pour atteindre une société zéro net.

Pour plus d’informations :

  • Stefan Salzmann, Co-président de l’Alliance climatique Suisse, responsable du climat chez Action de Carême, 041 227 59 53
  • Yvan Maillard Ardenti, responsable justice climatique chez HEKS, 079 380 65 73
 

Hommage à nos glaciers disparus

Lors d’une cérémonie d’hommage, qui a eu lieu au pied du glacier du Trient le 6 septembre 2020, plus de 200 personnes ont commémoré les 500 glaciers qui ont déjà disparu en Suisse.

© Reuters, Denis Balibouse

Les semences doivent appartenir aux agricultrices et agriculteurs qui les utilisent. Plus de 2300 personnes de 11 pays l'exigent dans leurs lettres au Secrétariat d'État à l'économie (Seco). Le Seco a répondu par une prise de position, laquelle est à son tour commentée par HEKS et Action de Carême.

Pendant la campagne œcuménique d’Action de Carême et de HEKS, de février à avril 2020, quelque 2400 paysans et citoyens de 11 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, ainsi que de Suisse, ont envoyé plus de 1300 lettres au Secrétariat d’État à l’économie (Seco). Dans ces lettres, ils ont demandé au Seco de ne plus exiger, dans ses accords de libre-échange (ALE) avec les pays du Sud, de lois sur la protection des variétés végétales conformément à la convention UPOV91. Ces lois limitent l’accès aux semences et menacent donc la diversité des semences et la sécurité alimentaire.

Dans une prise de position publiée en février 2020, le Seco a répondu à ces lettres. La coalition « Droit aux semences » – dont font partie Action de Carême et Pain pour le Prochainrépond à son tour en détail au Seco.

Vous trouvez, ci-dessous, une analyse de la coalition sur les points les plus importants de ces échanges avec le Seco :

Réponses à la prise de position du Seco (version courte)

L’adhésion à l’UPOV91 n’est pas un prérequis, mais une condition préalable

La Suisse « ne ferait pas de l’adhésion à la UPOV une condition préalable à la conclusion d’un accord de libre-échange ». Pour la coalition suisse « Droit aux semences », cette affirmation est trompeuse. Selon la déclaration du Seco, l’adhésion à l’UPOV ou à une loi sur la protection des obtentions végétales selon les critères de l’UPOV91 n’est pas une condition préalable à un accord de libre-échange avec la Suisse. Toutefois, il s’agit d’une exigence fondamentale de la Suisse lorsqu’elle entame des négociations en vue de la conclusion d’accords de libre-échange avec des pays non membres de l’UPOV.

Un système conçu par une minorité mais qui devrait s’appliquer à une majorité

La Convention UPOV est dominée par les intérêts de l’industrie semencière, même si les pays en développement en sont maintenant membres. À l’origine, la Convention a été négociée en 1961 par six pays d’Europe occidentale. Les 20 États membres de l’UPOV de l’époque ont participé à la rédaction de la version de 1991, laquelle est exigée par la Suisse dans les accords de libre-échange. Le seul pays du Sud à la table des négociations était l’Afrique du Sud, qui était alors dirigée par l’apartheid. Les pays du Sud n’ont pas eu droit au chapitre. En termes de légitimité, la Convention UPOV ne peut donc en aucun cas être assimilée à un accord de l’ONU ou de ses agences spécialisées, où pratiquement tous les pays sont autorisés à participer aux négociations. Les pays en développement qui font partie des membres actuels de l’UPOV ont – dans la mesure du possible – ratifié la version de 1978, qui leur accorde également de plus grandes libertés en ce qui concerne les droits des agriculteurs. De grands producteurs agricoles tels que la Chine, le Brésil ou l’Argentine ont également signé la version 78. Le Seco exige maintenant que des pays beaucoup plus pauvres comme l’Indonésie ou la Malaisie introduisent des mesures de protection des variétés végétales plus strictes que ces gigantestques producteurs agricoles. D’autres pays en développement qui ont ratifié l’Acte UPOV de 1991 l’ont fait parce qu’ils y étaient contraints par des accords de libre-échange tels que ceux de l’AELE ou des États-Unis (par exemple le Pérou, le Maroc, le Costa Rica).

Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Contrairement à ce que prétend le Seco, il n’est pas logique que la Suisse et l’AELE exigent des pays partenaires qu’ils accordent des droits d’obtention végétale selon l’UPOV 91. D’autant plus que trois des quatre États de l’AELE (Suisse, Norvège et Liechtenstein) ne répondent pas eux-mêmes à ces exigences avec leurs propres lois : Les pays de l’AELE exigent des pays partenaires des lois sur la protection des obtentions végétales plus strictes que celles qu’ils sont eux-mêmes prêts à suivre.

Dans sa déclaration, le Seco se dit ouvert à une meilleure prise en compte des droits des agriculteurs sur les semences : « L’objectif de la Suisse lorsqu’elle négocie un accord est de trouver la meilleure solution possible pour toutes les parties concernées. Si nécessaire, la Suisse et les autres Etats de l’AELE sont donc disposés à rechercher des solutions alternatives individuelles avec les pays partenaires ; ces solutions peuvent le cas échéant aller encore plus loin que les flexibilités déjà prévues par la Convention UPOV pour le « privilège de l’agriculteur » afin de tenir compte de la situation des agriculteurs des pays partenaires. C’est ce qui a été fait, par exemple, dans les accords récemment conclus avec l’Indonésie et les Philippines. ».

Ce n’est pas correct. Selon l’accord de libre-échange, l’Indonésie doit mettre en œuvre toutes les « dispositions essentielles » de l’UPOV 91. Continuer à protéger ses variétés locales est la seule chose que l’Indonésie a été autorisée à faire. Toutefois, cela n’a aucun lien direct avec le droit des agriculteurs de reproduire, d’échanger ou de vendre des semences de variétés protégées. Dans ce cas, il ne peut donc être question d’une « solution alternative ».

 En contradiction avec le droits des agriculteurs

Afin de trouver la meilleure solution possible, il est essentiel que les intérêts des agriculteurs soient également pris en compte dans le processus de négociation. Toutefois, comme les négociations sur les accords de libre-échange se déroulent à huis clos, les personnes concernées n’ont pas la possibilité de participer directement aux pourparlers. Cette exclusion est contraire aux droits des agriculteurs tels qu’ils sont inscrits dans le Traité international sur les semences de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) et dans la Déclaration des droits des agriculteurs des Nations unies. En outre, le Seco refuse toujours d’examiner les implications de l’UPOV91 sur les droits humains. Bien que diverses études et rapports indiquent que l’introduction de l’UPOV91 pourrait bien mettre en danger les droits humains, en particulier le droit à l’alimentation.

Priorité aux intérêts des multinationales

Il figurait, entre autres, dans les lettres des agriculteurs et des citoyens la demande concrète de renoncer aux exigences UPOV dans le cadre des négociations en cours sur l’ALE avec la Malaisie. Cette demande spécifique n’a pas été traitée dans l’avis.

Le Seco désigne également la Suisse comme un lieu de recherche, qui « s’intéresse à ce que les pays partenaires assurent une protection appropriée des droits de propriété intellectuelle ». Il indique ainsi clairement qu’il continue à accorder plus de poids aux intérêts des sélectionneurs d’État ou commerciaux, y compris les sociétés agricoles internationales qui dominent le marché, qu’aux droits des agriculteurs.

La déclaration se termine par la volonté du Seco de « poursuivre le dialogue avec les parties intéressées ». La coalition suisse « droit aux semences » poursuivra le dialogue avec le Seco.

 

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